Le Marathon de Gand était mon quatrième marathon, mais le premier avec une vraie préparation dédiée.
Le premier, c'était en 2021 le long du canal à Bruxelles. J'étais parti pour une sortie longue de 30 kilomètres et je me suis dit : je suis à 30 km, si j'en cours 12 de plus, j'ai atteint mon objectif. Je l'ai fait comme ça, et j'ai terminé en 3h45.
En 2025, j'ai couru le marathon de Spa-Francorchamps, mais j'avais totalement sous-estimé le dénivelé (maudit Raidillon). Super expérience, mais j'ai vraiment explosé sur la fin et j'ai fini en 4h. Quelques mois plus tard, pendant ma préparation pour l'Ultra Trail di Corsica, j'avais une sortie longue de 42 kilomètres au programme. Je suis retourné au canal, mais comme ça faisait partie de ma prépa trail, je n'y suis pas allé à fond : je visais une allure de 5 minutes au kilomètre et j'ai atteint cet objectif.

Bref, c'était la première fois que j'avais les bonnes conditions pour un marathon. Le premier et le troisième, c'était en solo le long du canal, et Spa, c'était avec un dénivelé que je n'avais pas anticipé. Le marathon n'a rien à voir avec un 20 km ou un 10 km, c'est vraiment une distance à part. J'avais hâte de voir ce que je pouvais faire avec une vraie préparation.
La préparation
Cette année, j'ai commencé un coaching avec la Running Academy. Avant, j'utilisais Runna, mais c'est une appli un peu comme Campus Coach, pas assez spécifique. En plus, comme j'ai aussi de gros objectifs en trail, ça ne couvrait pas mes besoins. J'adore courir, je voulais améliorer mon entraînement, et on m'a recommandé Matthis de la Running Academy. On a commencé à travailler ensemble en 2025 et c'est lui qui a construit ma préparation.
En moyenne, je courais cinq ou six fois par semaine, avec les plus grosses semaines à 100 km. La préparation spécifique a vraiment commencé en janvier, après la Corrida Brussels (une course de 10 km) en décembre. À partir de là, on est passés sur un bloc marathon de trois mois.

Comme tu peux le voir sur le graphique, j'ai continué le CrossFit pendant toute la préparation. Honnêtement, le CrossFit n'aide probablement pas beaucoup pour la performance sur marathon, et je pense que si j'avais sauté ces séances, j'aurais fait un meilleur chrono. Mais je le fais parce que ça me plaît et parce que je veux aussi progresser dans cette discipline.
Côté chaussures, j'ai porté mes Adidas Boston 13 sur toutes les séances de tempo et les sorties longues du dernier mois de préparation, environ 100-110 km. J'avais expérimenté avec le laçage pour éviter les douleurs, et c'était bien de les avoir testées avant le jour de la course. L'important, c'est qu'elles soient bien adaptées à tes pieds pour éviter les frottements.
Le dilemme du poids
Je fais 1m88 pour 91 kg, pas vraiment le gabarit typique du marathonien. Pendant la prépa, je voulais progresser et je me suis dit : je vais essayer de perdre du poids. Il y a cette règle qui dit qu'un kilo en moins, c'est 5 secondes de gagnées par kilomètre.
J'ai perdu environ 5 kilos, mais à ce moment-là j'étais vraiment faible au CrossFit, je n'arrivais plus à faire les exercices, je ne me sentais pas bien. En plus, des symptômes grippaux sont arrivés. Au début, j'ai stressé parce que je ne savais pas que j'étais malade. J'étais super fatigué, parfois au lieu de me lever pour aller courir, je dormais. Je me disais : je n'arrive plus à suivre, c'est trop, je suis en surentraînement, j'en ai trop demandé à mon corps.
Quand j'ai appris que j'avais cette petite maladie, ça m'a en fait soulagé. Ma routine était là, ce n'était pas du surentraînement. Comme j'étais affaibli, j'ai décidé d'arrêter d'essayer de perdre du poids. Plutôt garder mon poids naturel, continuer à m'entraîner pour gagner du muscle et perdre du gras, mais sans couper les calories. Garder l'énergie, c'était la priorité.

Le régime en lui-même n'était pas si dur mentalement, je n'avais pas particulièrement faim. Par contre, même si j'étais plus léger, plus dynamique, plus agile en courant, il y avait un effet négatif : avec moins d'énergie, je me sentais moins performant.
L'objectif
À la Corrida Brussels en décembre, je visais 40 minutes sur le 10 km. Je suis parti un peu trop vite sur le premier kilomètre donc je n'ai pas tenu, mais j'étais proche. À partir de là, je pouvais estimer ma VMA à 16,7 km/h, ce qui pointait vers une allure marathon potentielle de 4'30.
À l'entraînement, Matthis a vu que 4'30, c'était un peu trop rapide. La VMA te donne une fourchette, mais en regardant la fréquence cardiaque et les séances, on a affiné. On s'est arrêtés sur 4'40 comme allure cible.
Gand, dimanche 29 mars
Je suis arrivé le matin, la course était top. Il faisait beau mais frais, autour de 5-6 degrés. Je suis allé dans une friperie acheter un pull à porter avant le départ et à abandonner sur la ligne de départ.
J'ai pas mal hésité sur la tenue. Je cours toujours en débardeur, mais avec mon gabarit j'ai tendance à chauffer très vite. J'ai envisagé de mettre des manchettes, mais je me suis dit que je finirais par les enlever. J'y suis allé sans, et ça s'est bien passé.
Kilomètres 1-20 : facile
Le parcours est superbe. Les 20 premiers kilomètres, honnêtement, c'est facile. J'ai fait très attention à suivre mon allure de 4'40, parce que je savais que si j'allais un peu plus vite, je risquais de basculer en zone de seuil, et ce n'est pas idéal. Je ne voulais vraiment pas m'emballer : sur le 10 km, j'étais parti quelques secondes trop vite sur le premier kilomètre et ça m'avait mis dans le dur.
Un truc qui m'a beaucoup aidé, c'est une astuce vue sur Instagram : ajouter l'allure moyenne du kilomètre sur ma montre, en plus de l'allure instantanée. L'allure instantanée fait le yoyo à cause des bugs GPS. L'allure moyenne est beaucoup plus simple pour se réguler. Si je suis à 4'35 de moyenne alors qu'il reste 200 mètres, je sais que je peux relâcher un peu. Ça m'a permis d'être un métronome.

J'ai aussi pris l'aspiration derrière certains coureurs qui tenaient un 4'40 régulier. Il fallait faire attention parce que parfois ils accéléraient. Quand je voyais sur ma montre que le gars était à 4'30, 4'25, je le laissais partir. Mais il y en a un que j'ai suivi pendant 8-10 kilomètres, c'était parfait : je me suis calé juste derrière lui et ça me protégeait du vent.
Le parcours de Gand est vraiment beau. Tu passes dans des petits coins où il y a plein de gens qui encouragent, parfois dans des passages étroits avec le public juste à côté de toi, c'est motivant. Et il y a des sections sur des pistes cyclables le long des canaux, de longues lignes droites qui s'étirent sur des kilomètres. C'est beau, en pleine nature, mais tu sens vraiment le vent. L'aspiration a beaucoup aidé sur ces sections exposées.
Kilomètres 20-30 : ça brûle
Entre le 20e et le 30e kilomètre, les muscles ont commencé à brûler. Fessiers, ischios, et vers la fin les épaules aussi. J'essayais de me relâcher un peu.
Les épaules m'ont surpris parce que je n'avais jamais vécu ça avant. Je pense que je n'étais pas assez relâché du haut du corps. C'est un peu comme la sensation en Hyrox quand tu fais le farmer carry, avec des poids au bout des bras. Je me disais : « qu'est-ce qui se passe, je ne porte pas 20 kilos dans chaque main, pourquoi ça m'arrive ? »
Kilomètres 30-42 : le paradoxe
Les 10 derniers kilomètres, il y a un effet paradoxal. D'un côté, c'est clairement la partie la plus dure du marathon. Mais de l'autre, quand tu commences à voir le chiffre 3 sur ton compteur de kilomètres, tu sais qu'il n'en reste que 10. Il y a un vrai boost de motivation.
Côté nutrition, j'avais prévu 45 grammes de glucides tous les 7 kilomètres, environ toutes les demi-heures, plus un gel juste avant le départ. Mon tout dernier gel, sans doute le plus important, était prévu au 35e kilomètre. Je l'ai pris dans ma ceinture et il m'a glissé des mains. Je n'étais plus tout à fait lucide, je pense. Je me suis dit « oh non », mais j'ai continué, je ne me suis pas arrêté. J'ai couru les 7 derniers kilomètres sans aucun carburant.
C'était une erreur parce qu'au ravitaillement il y avait des bonbons, des gels, des compotes de fruits. Mais j'étais trop concentré, je n'avais pas fait attention, je ne voulais pas perdre de temps. Ça fait partie des surprises du jour de course. En plus, mes gels ne contenaient pas d'électrolytes, et j'ai eu une petite crampe. Un point auquel je ferai attention la prochaine fois.

Le manque de glucides sur la fin a clairement joué. Les 2-3 derniers kilomètres, j'ai ralenti, je les ai courus en 4'50, 4'55, le tout dernier en 5 minutes. Mais comme j'avais mis un peu de temps de côté plus tôt, ça s'est équilibré et j'ai maintenu une moyenne de 4'40 pile. C'est assez drôle de tomber exactement sur le chiffre visé.
Vers le kilomètre 37, j'avais vraiment chaud, alors j'ai décidé d'enlever mon débardeur. C'est un truc que je garde toujours comme boost : le vent évapore la transpiration et ça me donne une meilleure thermorégulation. Évidemment, les derniers kilomètres d'un marathon, c'est le moment parfait pour ça. Et comme mon gabarit détonne un peu par rapport au marathonien typique, pas mal de gens dans le public se sont mis à m'encourager avec des « let's go beast ! ». C'était assez drôle.
Dans les derniers kilomètres, j'ai aussi suivi un autre coureur qui s'est mis à me parler en flamand. Je ne comprenais pas un mot et je lui ai dit « English or French? ». On a fini par discuter un peu pendant la course : on s'est mis d'accord pour tenir l'allure jusqu'au kilomètre 37 et ensuite essayer d'accélérer. Il visait 3h15.
L'arrivée : le stade couvert

À l'arrivée, on était ensemble. Le Marathon de Gand se termine dans un stade couvert : tu entres, tu fais un tour de piste de 400 mètres avec le public dans les tribunes. C'est absolument magnifique, tu es vraiment euphorique. Je me souviens que je me suis mis à semi-sprinter, j'ai doublé un gars dans les derniers mètres. L'ambiance était vraiment électrique, grisante. Mon compagnon des derniers kilomètres a fini en 3h15min30s, il était content.
Mon ami Martin était là aussi, on avait dîné ensemble la veille. Il habite à Gand et courait le semi-marathon avec un départ à 13h30. Je suis arrivé vers 12h20, donc on a eu le temps de débriefer avant son départ.
3h17'31"
Honnêtement, j'y suis allé sans vraiment savoir à quoi m'attendre. J'ai suivi le plan, mais avec la petite maladie et un passage à vide en fin de prépa, je n'étais pas sûr de comment ça allait se passer. Je me suis dit : vas-y et fais le travail, c'est tout. Et ça a marché.

La prépa était faite. Les sorties longues étaient dans les jambes, les 20 km à allure marathon au milieu d'une semaine à plus de 90 kilomètres étaient faits. J'y suis allé sans trop réfléchir, et le jour de la course s'est bien passé. Une bonne préparation, je pense que ça change tout. Le marathon ne pardonne pas, et quand les conditions ne sont pas réunies, en général ça ne paie pas.
J'ai bien absorbé la charge d'entraînement. Quand tu fais un mauvais marathon, ça passe extrêmement lentement, et celui-ci est passé vite, même si les derniers kilomètres étaient super longs. J'étais bien dans mes allures, je n'étais pas parti trop vite. Physiquement et mentalement, tu récupères vite quand ça se passe bien.
Je vois qu'il y a encore des axes de progression, et c'est motivant. Je commence à bien me connaître en tant que coureur, et c'est important d'apprécier ces étapes.
J'aime toujours autant ça, c'est certain. Si je devais donner un conseil à quelqu'un qui prépare son marathon : prends du plaisir dans ce que tu fais. C'est vraiment ça le but, amuse-toi.
Merci à Matthis pour le coaching et la préparation qui ont rendu tout ça possible.
La suite
Le prochain grand objectif, c'est le 70 km by UTMB en Roumanie, fin juillet. D'ici là, il y aura quelques courses plus petites en mode course B : un Hyrox et une compétition de CrossFit, qui sera ma première.
J'ai aussi un rendez-vous sur route fin mai, les 20 km de Bruxelles. C'est la course la plus populaire de la ville, presque 30 000 participants. L'idée est de la caser dans la préparation trail tout en gardant une séance de vitesse par semaine. C'est important de ne pas perdre ce qui a été construit, mais la priorité va basculer vers le trail et le travail de dénivelé.

Gand, c'était un super marathon, pas trop de dénivelé. J'aime courir près de chez moi, j'habite à Bruxelles, et c'est agréable de prendre le train plutôt que l'avion. Mais j'aime la variété : il y a d'autres marathons pas loin que je n'ai pas encore essayés, Namur, Paris peut-être. Je referais Gand avec plaisir, mais j'irai probablement en découvrir un autre.
Je pense refaire le même genre de programme l'année prochaine : un marathon à la fin de l'hiver, puis retour au trail.